
Lorsque l'on offre des sacrifices, on accomplit l'ordre que notre Seigneur nous a donné, selon ce que dit saint Paul: Le Seigneur Jésus, la nuit même où il fut livré, prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit et dit: « Ceci est mon corps, donné pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant: « Cette coupe est la nouvelle Alliance établie par mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. » Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez à cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne.
Ce sacrifice est donc offert pour que la mort du Seigneur soit annoncée, et pour que l'on fasse mémoire de lui, qui a donné sa vie pour nous. Lui-même l'a dit: Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis
Puisque le Christ est mort pour nous par amour, lorsque nous faisons mémoire de sa mort au moment du sacrifice, nous demandons que l'amour nous soit accordé par la venue du Saint-Esprit; nous prions humblement qu'en vertu de cet amour, par lequel le Christ a voulu mourir pour nous, nous aussi, en recevant la grâce du Saint Esprit, nous puissions considérer le monde comme crucifié pour nous, et être nous-mêmes crucifiés pour le monde.
Nous imitons la mort du Seigneur: De même que le Christ est mort au péché une fois pour toutes; et lui qui est vivant, c'est pour Dieu qu'il est vivant, de même nous aussi, devons mener une vie nouvelle. Ayant reçu le don de l'amour, mourons au péché et vivons pour Dieu.
L'amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné. Car justement, la participation au corps et au sang du Seigneur, lorsque nous mangeons son pain et buvons à sa coupe, c'est cela qui nous invite à mourir au monde en ayant notre vie cachée avec le Christ en Dieu, et à crucifier notre chair avec ses passions et ses convoitises.
C'est ainsi que tous les fidèles qui aiment Dieu et le prochain, même s'ils ne boivent pas à la coupe de la passion corporelle, boivent cependant à la coupe de l'amour du Seigneur. Une fois enivrés par elle, ils doivent faire mourir en eux ce qui appartient encore à la terre; eux qui ont revêtu Jésus Christ, qu'ils ne s'abandonnent pas aux désirs de la chair, qu'ils ne regardent pas ce qui se voit, mais ce qui ne se voit pas.
C'est ainsi que l'on boit à la coupe du Seigneur lorsque l'on observe la sainte charité ; sans elle on pourrait se faire brûler vif, sans que cela serve à rien. Le don de la charité nous apporte ceci: que nous soyons réellement ce que, dans le sacrifice, nous célébrons sacramentellement.
« L
'Église vit de l'Eucharistie »
« Ils se montraient
assidus à l'enseignement des Apôtres, fidèles à la communion fraternelle, à la
fraction du pain et aux prières. (………)
La multitude des croyants
n’avait qu’un seul cœur et qu’une âme. Nul ne disait sien ce qui lui
appartenait, mais entre eux tout était commun.
Avec beaucoup de
puissance, les Apôtres rendaient témoignage à la résurrection du Seigneur Jésus,
et ils jouissaient tous d’une grande faveur. »
Actes des
Apôtres (2, 42 ; 4, 32-33
)
L'Eucharistie est évoquée
dans la « fraction du pain ». Deux mille ans plus tard, nous
continuons à réaliser cette image primitive de l'Église. Et tandis que nous le
faisons dans la célébration de l'Eucharistie, les yeux de l'âme se reportent au
Triduum pascal, à ce qui se passa le soir du Jeudi saint, pendant la dernière
Cène, et après elle. En effet, l'institution de l'Eucharistie anticipait
sacramentellement les événements qui devaient se réaliser peu après, à partir de
l'agonie à Gethsémani. (………..)
Contempler le Christ exige
que l'on sache le reconnaître partout où il se manifeste, dans la multiplicité
de ses modes de présence, mais surtout dans le Sacrement vivant de son corps et
de son sang. L'Église vit du Christ eucharistique, par lui elle est
nourrie, par lui elle est illuminée. L'Eucharistie est un mystère de foi, et en
même temps un « mystère lumineux ». Chaque fois que l'Église la
célèbre, les fidèles peuvent en quelque sorte revivre l'expérience des deux
disciples d'Emmaüs: « Leurs yeux s'ouvrirent, et ils le
reconnurent » (Lc 24, 31).
L 'Église vit de l'Eucharistie.(……..)
Depuis que, à la Pentecôte, l'Église, peuple de la Nouvelle Alliance, a commencé
son pèlerinage vers la patrie céleste, le divin Sacrement a continué à marquer
ses journées, les remplissant d'espérance confiante.
(…….)« La très sainte Eucharistie
contient en effet l'ensemble des biens spirituels de l'Église, à savoir le
Christ lui-même, notre Pâque, le pain vivant, qui par sa chair, vivifiée par
l'Esprit Saint et vivifiante, procure la vie aux hommes » C'est pourquoi
l'Église a le regard constamment fixé sur son Seigneur, présent dans le
Sacrement de l'autel, dans lequel elle découvre la pleine manifestation de son
immense amour.
….même lorsqu'elle est célébrée sur un petit autel d'une église de campagne, l'Eucharistie est toujours célébrée, en un sens, sur l'autel du monde. Elle est un lien entre le ciel et la terre. Elle englobe et elle imprègne toute la création. Le Fils de Dieu s'est fait homme pour restituer toute la création, dans un acte suprême de louange, à Celui qui l'a tirée du néant. C'est ainsi que lui, le prêtre souverain et éternel, entrant grâce au sang de sa Croix dans le sanctuaire éternel, restitue toute la création rachetée au Créateur et Père. Il le fait par le ministère sacerdotal de l'Église, à la gloire de la Trinité sainte. C'est vraiment là le mysterium fidei qui se réalise dans l'Eucharistie: le monde, sorti des mains de Dieu créateur, retourne à lui après avoir été racheté par le Christ.
Le Seigneur est tendresse et pitié : il a donné des vivres à ses fidèles. De ses merveilles, il a laissé un mémorial
L'Église a reçu l'Eucharistie
du Christ son Seigneur non comme un don, pour précieux qu'il soit parmi bien
d'autres, mais comme le don par excellence, car il est le don de lui-même,
de sa personne dans sa sainte humanité, et de son œuvre de salut (…..)
Qu'est-ce que Jésus pouvait faire de plus
pour nous? Dans l'Eucharistie, il nous montre vraiment un amour qui va
« jusqu'au bout » (cf. Jn 13, 1), un amour qui ne connaît pas
de mesure.
Le Seigneur est tendresse
et pitié : il a donné des vivres à ses fidèles. De ses
merveilles, il a laissé un mémorial
L'efficacité salvifique du sacrifice se
réalise en plénitude dans la communion, quand nous recevons le corps et le sang
du Seigneur. Le Sacrifice eucharistique tend en soi à notre union intime, à nous
fidèles, avec le Christ à travers la communion: nous le recevons lui-même, Lui
qui s'est offert pour nous, nous recevons son corps, qu'il a livré pour nous sur
la Croix, son sang, qu'il a « répandu pour la multitude, en rémission des
péchés » (Mt 26, 28). Rappelons-nous ses paroles: « De même que
le Père, qui est vivant, m'a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même
aussi celui qui me mangera vivra par moi » (Jn 6, 57). C'est Jésus
lui-même qui nous rassure: une telle union, qu'il compare par analogie à celle
de la vie trinitaire, se réalise vraiment. L'Eucharistie est un vrai banquet,
dans lequel le Christ s'offre en nourriture.
« La
gloire à venir nous est déjà donnée… »
Tu as nourri ton peuple du pain des anges ; tu leur as envoyé le pain du ciel Alleluia
À travers la communion à son
corps et à son sang, le Christ nous communique aussi son Esprit. Saint Éphrem
écrit: « Il appela le pain son corps vivant, il le remplit de lui-même
et de son Esprit. [...] Et celui qui le mange avec foi mange le Feu et l'Esprit
[...]. Prenez-en, mangez-en tous, et mangez avec lui l'Esprit Saint. C'est
vraiment mon corps et celui qui le mange vivra éternellement ».
L'Eucharistie est tension vers le terme,
avant- goût de la plénitude de joie promise par le Christ (cf. Jn 15,
11); elle est en un sens l'anticipation du Paradis, « gage de la gloire
future ».Dans l'Eucharistie, tout exprime cette attente confiante:
« Nous espérons le bonheur que tu promets et l'avènement de Jésus Christ,
notre Sauveur ».Celui qui se nourrit du Christ dans l'Eucharistie n'a pas
besoin d'attendre l'au-delà pour recevoir la vie éternelle: il la possède
déjà sur terre, comme prémices de la plénitude à venir, qui concernera
l'homme dans sa totalité. ».
Tu as nourri ton peuple du pain des anges ; tu leur as envoyé le pain du ciel Alleluia
La tension eschatologique suscitée dans
l'Eucharistie exprime et affermit la communion avec l'Église du ciel
(….): en célébrant le sacrifice de l'Agneau, nous nous unissons à la
liturgie céleste, nous associant à la multitude immense qui s'écrie: « Le
salut est donné par notre Dieu, lui qui siège sur le Trône, et par
l'Agneau! » (Ap 7, 10). L'Eucharistie est vraiment un coin du ciel
qui s'ouvre sur la terre! C'est un rayon de la gloire de la Jérusalem céleste,
qui traverse les nuages de notre histoire et qui illumine notre
chemin.