Homélie de Monseigneur Jérôme BEAU, évêque auxiliaire de Paris, pour le dimanche de Pâques, 12 avril 2009, à
Elle est belle, toute puissante cette victoire de Dieu, cette victoire de Jésus sur la mort. Elle est belle et délivrante cette victoire, parce que c’est la victoire de l’amour, qui au soir du Jeudi Saint se donnait tout entier : « Jésus, ayant aimé les siens, les aima jusqu’au bout » (Jn 13, 1), « Prenez, mangez, ceci est mon corps » (Mt 25, 26), « Prenez, buvez, ceci est mon sang » (Mt 25, 28), le sang de cette alliance entre le Créateur, - dont l’amour tout-puissant est de se donner -, et la créature.
Cette victoire
sur la mort est belle parce que c’est celle de l’amour. En s’offrant au Père sur
Victoire sur
la mort : la pierre a roulé du tombeau scellé. Dieu semblait n’être plus
rien, le monde semblait s’être arrêté, le temps n’existait plus… Il n’y avait plus
que la nuit, la douleur, la séparation, le néant… Mais, pendant ce temps là,
l’amour continuait son œuvre : Jésus allait rechercher le premier homme,
Adam : « Adam, où es-tu ? » « Où es-tu, homme ? »,
pour ramener avec lui toute l’humanité depuis
Ce matin là, Marie-Madeleine se rend au tombeau : il fait encore sombre. Elle vient au tombeau, mais il est vide… On a enlevé le Seigneur ! Victoire de l’amour qui roule la pierre enfermant le monde sur la mort ! Victoire de Dieu le Père qui rend la vie à son Fils bien-aimé ! Victoire, tu règneras ! Ô Amour Sauveur, ô Amour douceur, ô amour tendresse, ô amour force qui redonne ainsi la joie aux cœurs blessés, l’avenir aux cœurs enfermés par la culpabilité, l’espérance à ceux qui n’espèrent plus, un horizon à ceux pour qui tout s’est fermé. Ô Amour sauveur qui peut ouvrir la pierre du tombeau pour que, du tombeau de nos vies, l’existence puisse jaillir.
Cette victoire de l’amour du Père pour chacun d’entre nous est révélée en Jésus-Christ : le tombeau est vide, le linceul est resté là… Voilà que le disciple entre : « Il vit et il crut » (Jn 20, 8). Mais qu’a-t-il vu à ce moment-là ? Vous imaginez-vous qu’il vit la pierre, le linceul, le voile qui avait recouvert sa tête, qu’il vit qu’il y avait quelqu’un ? Ses yeux n’ont pas vu le visible mais l’invisible. Dieu est invisible mais Il se donne à voir. Jean a vu la toute-puissance de l’amour qui peut rendre la vie. Il a vu ce que beaucoup d’entre vous, jeunes néophytes, avez vu le jour où vous avez rencontré le Christ, où votre vie a été saisie et où vous avez dit : « Je veux le Christ, je veux le baptême, je veux avancer, parce que pour moi, vivre c’est le Christ ». Il a vu ce que vous avez vu, ou plutôt vous avez vu ce qu’il a vu : cette puissance, cette réalité, cette vie du Christ qui est là, qui saisit l’homme, et qui fait que pour vous, aujourd’hui, néophytes, comme pour vous aussi baptisés, il y a un jour, une heure, un lieu, un moment, où vous aussi vous êtes entrés dans le tombeau, vous avez vu, et vous avez cru.
Vos yeux ne voient que des objets, des événements, des visages ; vos mains ne peuvent toucher que des objets, des corps : ils doivent pourtant apprendre à voir l’invisible parce que l’amour est invisible, mais plus réel que les objets. L’amour est plus réel que le visible alors même qu’il est invisible, plus réel que ce que vos yeux peuvent saisir. Vos yeux ne voient que l’image du réel, l’objet, mais votre cœur voit l’invisible parce qu’il sait voir l’amour : alors, lorsqu’il voit, il croit, parce qu’il sait la toute-puissance de l’amour. Il sait que le Christ est ressuscité d’entre les morts, non seulement pour que le Christ soit ressuscité, mais aussi pour que vous, moi, nous soyons des ressuscités.
« Vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez donc les réalités d’en haut » (Col 3, 1). Vous qui êtes néophytes, vous n’avez pas tous le même âge, mais vous avez pourtant tous le même âge : votre naissance date d’il y a douze heures ! Vous n’avez que douze heures, mais vous connaissez déjà cette date de votre naissance, et désormais, vous ne comprenez plus votre vie entre votre naissance et votre mort dans le reflet de l’image du monde et des réalités terrestres, mais à partir de votre naissance d’En Haut, à la vie de Dieu. Vous voyez désormais le monde à partir de la réalité de cet amour qui saisit votre humanité jusqu’à l’entrée dans la résurrection, jusqu’à Dieu. Tout ce qui se vit, tout ce qui traverse ce monde, vous ne le comprenez plus à travers l’image reflétée dans la société, mais à travers l’image du Christ Lui-même, visage du Père qui vient éclairer votre vie, pour vous donner de la voir à la lumière de l’amour de Dieu et de la résurrection et non pas à partir de votre vie mortelle. « Recherchez les réalités d’en haut », laissez jaillir cette vie cachée en vous. Cela peut-il vouloir dire autre chose que la manifestation de cette vie de ressuscité présente en vous et qui ne demande qu’à grandir, à jaillir, comme votre foi en votre résurrection ? Car vous ne croyez pas simplement en la résurrection du Christ, vous croyez aussi en votre propre résurrection au dernier jour. Celle-ci ne sera pas simplement votre résurrection de pur esprit, comme si vous étiez un esprit locataire d’un corps, mais la résurrection de toute votre personne ! En cette nuit, il y a douze heures, c’est bien toute votre personne, dans l’unité de votre corps, de votre esprit, et de votre âme, qui est ressuscitée !
Alors votre
mission est de témoigner au milieu du monde que nous sommes des ressuscités. Être
des ressuscités au milieu du monde, c’est vivre de manière à ce que le corps
soit le langage de l’âme, de l’amour de Dieu, et devienne l’ultime expression
de l’amour dont vous êtes aimés par le Christ notre Sauveur. L’âme n’est pas
asservie au corps ; c’est le corps qui, libéré par l’âme, devient
l’expression de ce que les mots ne pourront jamais dire, de ce que l’amour ne
pourrait pas dire sans le corps. Mais vos yeux, vos gestes, votre écoute, tous
vos sens, deviennent alors la porte par laquelle l’amour de Dieu peut entrer en
vous et rejoindre votre âme en passant par votre corps. Tous vos sens deviennent
aussi l’expression du langage de l’invisible, de Dieu qui se dit dans l’amour.
Dieu est invisible et se dit dans votre vie, se rend visible à vos sens par vos
gestes, dans votre corps. Ce renversement de toute notre vie baptismale, au nom
même de notre foi en
Ainsi, au milieu de ce monde, par votre manière d’aimer, de vivre, de sourire, de pardonner, de rencontrer, d’enfanter, vous allez dire la louange de Dieu et témoigner que vous êtes des ressuscités, dès aujourd’hui, et que vous ressusciterez au dernier jour, parce que cette résurrection dont vous vivez dès aujourd’hui s’accomplira au dernier jour dans la gloire de Dieu, dans la vie éternelle. Cette vie éternelle n’est pas une vie que nous attendrions comme un lendemain que nous ignorons, mais elle est un aujourd’hui que nous saisissons. C’est bien l’aujourd’hui de la vie éternelle qui nous saisit, nous transforme, nous transfigure, et nous donne ainsi d’être des enfants de Dieu, d’être ainsi des frères et sœurs, des fils et des filles de Dieu, nés de Dieu, enfantés par Dieu. Alors, avant même l’ultime rencontre, nous lui devenons semblables, et en lui devenant semblables nous sommes dans cette joie éternelle, où Dieu essuie toute larme de nos yeux pour nous donner d’être ce qu’Il est, par pure grâce, par pur amour. Telle est notre vocation, telle est notre foi. « Il entra dans le tombeau », le tombeau était vide. « Il vit et il crut », c’est-à-dire il vit dans l’invisible ce qui était donné à son cœur et à sa vie : devenir ce qu’est Dieu, être enfanté éternellement à la lumière divine jaillissant en lui.