Prier
avec le Pape Paul VI
Arrêtons-nous à une page de ce chapitre, que nous pouvons considérer comme
un résumé de ces questions religieuses vitales. Cette page, la voici: quelle
est la découverte que le fidèle parvient à faire lorsqu'il cherche le sens
total et profond de la révélation divine? Cette découverte, c'est l'amour.
Dieu s'est surtout révélé comme étant amour. Toute l'histoire du salut, tout
l'Évangile est amour. Nous pourrions ici citer tant de pages de l'écriture.
Par exemple, celle-ci, qui nous vient à l'esprit: " De loin, le Seigneur est
apparu: d'un amour éternel je t'ai aimé, aussi t'ai-je conservé ma faveur.
" (Jérémie, 31, 3.) Toute l'épopée de la rédemption est amour et miséricorde,
effusion de l'amour de Dieu sur nous. Et l'histoire du salut est résumée dans
cette célèbre phrase de saint Paul: " Je vis dans la foi au Fils de Dieu qui
m'a aimé et s'est livré pour moi. " (Gal. 2, 20.) Comprenons cela.
Nous recommandons aux esprits attentifs cet autre texte merveilleux de saint
Paul: " Que vous puissiez comprendre, avec tous les saints, ce qu'est la largeur,
la longueur, la hauteur et la profondeur - (nous dirions aujourd'hui les dimensions
et il y en a quatre!) - et connaître l'amour du Christ, qui surpasse toute
connaissance, afin que vous soyez comblés de toute la plénitude de Dieu. "
(Eph 3, 17-19.) Arrêtons-nous ici.
Nous en aurons assez dit aujourd'hui pour pouvoir célébrer ces deux fêtes
- de l'eucharistie et du Sacré-Coeur - en étant pour ainsi dire conduits vers
le point prophétique qui les présente et nous fait savourer - sinon comprendre
- quelque chose de leur vrai sens religieux, de leur réalité superlative et
violente: "Dieu a tant aimé... " Et cela nous touche, nous émeut, nous bouleverse.
Si l'on arrive à comprendre que l'on est aimé à un degré suprême, inimaginable,
jusqu'à la mort, silencieuse, gratuite, cruelle, jusqu'à l'immolation totale
par Celui que nous ne connaissions même pas et, si nous l'avons connu, que
nous avons renié et offensé; si l'on arrive à comprendre que nous sommes l'objet
d'un tel amour, d'un si grand amour, nous ne pouvons pas rester tranquilles.
Dante disait: Amor che a nullo amato amar perdona (L'amour ne permet pas à
l'être aimé de ne pas lui répondre); et l'hymne de la liturgie: Quis non amantem
redamet? Telle est l'origine du culte du Sacré-Coeur de Jésus: sachons que
le mot "coeur" est symbole, signe, synthèse de notre rédemption, vue dans
l'intériorité divine et humaine du Christ. Jésus nous a aimés, dit le Concile,
également " avec un coeur d'homme ", et combien!
Voilà, très chers fils, le thème de notre dialogue d'aujourd'hui.
Le saviez-vous? Y pensez-vous? Comment pensez-vous y répondre?
...
Chacun comprend que la divine Eucharistie confère au peuple chrétien une dignité
incomparable. Car non seulement durant l'oblation du sacrifice et quand se
fait le sacrement, mais encore après, tant que l'Eucharistie est gardée dans
les églises et oratoires, le Christ est vraiment l'Emmanuel, le " Dieu avec
nous ". Car jour et nuit, il est au milieu de nous et habite avec nous, plein
de grâce et de vérité; il restaure les moeurs, nourrit les vertus, console
les affligés, fortifie les faibles et invite instamment à l'imiter tous ceux
qui s'approchent de lui, afin qu'à son exemple ils apprennent à être doux
et humbles de coeur, à chercher non leurs propres intérêts, mais ceux de Dieu.
Ainsi quiconque entoure le vénérable sacrement d'une dévotion particulière
et tâche d'aimer d'un coeur généreux le Christ qui nous aime infiniment éprouve
et comprend pleinement, non sans joie intime ni fruit, le prix de la vie cachée
avec le Christ en Dieu (cf. Col 3, 3); il sait combien il est précieux de
s'entretenir avec le Christ et qu'il n'est rien de plus doux sur la terre,
rien de plus apte à faire avancer dans les voies de la sainteté.
Vous savez aussi que l'Eucharistie est gardée dans les églises et les oratoires
comme centre spirituel de la communauté religieuse et paroissiale, et même
de l'Église universelle et de l'humanité entière, parce que sous le voile
des Saintes Espèces elle contient le Christ, chef invisible de l'Église, rédempteur
du monde, centre de tous les coeurs, " par qui tout existe et nous-mêmes par
lui ". Par suite, le culte eucharistique porte vigoureusement les âmes à l'amour
" social ", en vertu duquel nous préférons le bien commun au bien particulier,
faisons nôtre la cause de la communauté, de la paroisse, de l'Église universelle,
et étendons la charité au monde entier, sachant que partout il y a des membres
du Christ.